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Opposition- Provocation

 

Le TDA/H s’accompagne souvent d’un trouble d’opposition avec provocation (1).

Mais est-ce vraiment de l’opposition pour un jeune chez qui, apprendre à résister et même à s’opposer fait partie des habiletés à acquérir pour accéder à l’autonomie.
La proximité du comportement normal rend problématique l’identification du trouble oppositionnel et cela plus encore quand on parle d'un jeune atteint de TDA/H.

Ce dernier a un besoin viscéral de bouger mais on l’assoit pendant des heures en classe. 
Quand il décroche d’une tâche parce que son déficit attentionnel lui fait rencontrer des difficultés à persévérer, on interprète son décrochage, ses tentatives pour recharger ses neurones comme de l’opposition. 
On insiste encore et encore...
Et voilà son manque de contrôle émotionnel qui le fait littéralement exploser et la chaîne de conséquences- opposition avec provocation qui débarque.

Dans un premier temps, il est donc primordial de bien connaître les limitations de notre jeune atteint de TDA/H.
Est-ce lui qui est opposant ou le milieu qui ignore ses limites et le pousse ainsi à bout ?

Trouble Oppositionnel avec Provocation : critères diagnostiques du DSM IV

A. Ensemble de comportements négativistes, hostiles ou provocateurs, persistant pendant au moins 6 mois durant lesquels sont présentes quatre des manifestations suivantes (ou plus) :

(1) se met souvent en colère
(2) conteste souvent ce que disent les adultes
(3) s'oppose souvent activement ou refuse de se plier aux demandes ou règles des adultes
(4) embête souvent les autres délibérément
(5) fait souvent porter sur autrui la responsabilité de ses erreurs ou de sa mauvaise conduite
(6) est souvent susceptible ou facilement agacé par les autres
(7) est souvent fâché et plein de ressentiment
(8) se montre souvent méchant ou vindicatif

N.B. On ne considère qu'un critère est rempli que si le comportement survient plus fréquemment qu'on ne l'observe habituellement chez des sujets d'âge et de niveau de développement comparables.

B. La perturbation des conduites entraîne une altération cliniquement significative du fonctionnement social, scolaire ou professionnel.

C. Les comportements décrits en A ne surviennent pas exclusivement au cours d'un trouble psychotique ou d'un trouble de l'humeur.

D. Le trouble ne répond pas aux critères du troubles des conduites ni, si le sujet est âgé de 18 ans ou plus, à ceux de la personnalité antisociale.

Souvent, les sujets ne se considèrent pas eux-mêmes comme hostiles ou provocateurs mais perçoivent leurs conduites comme étant justifiées en réaction à des demandes déraisonnables ou des circonstances injustes.

Le nombre de symptômes tend à augmenter avec l'âge. Le plus souvent, les symptômes se manifestent d'abord à la maison et s'étendent, avec le temps, à d'autres environnements. Ainsi le trouble n'est pas toujours visible à l'école, en collectivité ou lors d'un examen clinique (chez un professionnel de la santé). Les comportements perturbateurs sont moins sévères que dans le trouble des conduites et n'incluent généralement pas d'agressions physiques envers les personnes ou les animaux, de destruction de biens matériels, ou de recours habituel au vol ou à l'escroquerie. Le trouble apparaît habituellement avant l'âge de 8 ans. Avant la puberté, le trouble est plus fréquent chez les garçons que chez les filles. Après la puberté, les taux de prévalence se rapprochent. Les symptômes sont généralement similaires bien que les garçons aient davantage de comportements de confrontation. Selon les populations étudiées et les méthodes utilisées, le taux de prévalence varie de 2% à 16%.

On a montré que, pour les garçons, le trouble est plus fréquent chez ceux ayant présenté, avant l'âge scolaire, un tempérament difficile (p. ex., réactivité excessive, difficulté à se calmer) ou une hyperactivité motrice. À l'âge scolaire, on peut observer une mauvaise estime de soi, une labilité de l'humeur, une faible tolérance à la frustration, un langage grossier, et une consommation précoce d'alcool, de tabac ou de drogues illicites. L'enfant est souvent en conflit avec ses parents, ses professeurs ou ses camarades. Ce trouble est plus fréquent dans les familles où la continuité de l'éducation a été interrompue à cause de la succession de personnes différentes, ou dans lesquelles les pratiques éducatives ont été dures, incohérentes ou négligentes. Il est plus fréquent dans les familles où existe un conflit conjugal grave et semble plus fréquent dans les familles où au moins l'un des parents a des antécédents de trouble de l'humeur, de trouble oppositionnel avec provocation, de trouble des conduites, de déficit de l'attention/hyperactivité, de personnalité antisociale ou de trouble lié à une substance.
Référence:
American Psychiatric association, DSM-IV, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Traduction française, Paris, Masson, 1996, 1056p.



Comment se comporter face à un comportement opposant ?

L'opposition chez les enfants et les adolescents peut se manifester de manière active mais aussi passive.
Certains jeunes vont défier l'autorité, argumenter, insulter, hurler, donner des coups, casser des objets, frapper... D'autres vont sembler soumis, mais oublient continuellement de faire ce que nous leur demandons, au point de nous mettre en colère.

Ne pas démissionner

Même si les attitudes du jeune sont épuisantes, ne démissionnez pas.
Il a le droit de réclamer, vous avez le devoir de lui imposer des limites.
Celles-ci assurent sa sécurité et son bien-être.

Identifier l'origine des comportements d'opposition

Remarquez à quels moments ou suite à quel évènement se présentent les comportements d'opposition (contexte, tâche, lieu...).
En sachant quand ils risquent de se produire, vous serez mieux placé pour agir et dénouer les crises.

Prendre le temps d'observer votre façon de réagir

La crise d'opposition peut survenir suite à une parole ou à une remarque de votre part qui enflamme le jeune et le désorganise. En faisant attention à votre façon d'agir et de dire les choses, vous pourrez mieux prévenir les crises d'opposition.

Eviter la lutte de pouvoir

Eviter la lutte de pouvoir en instaurant des règles claires et simples, des conséquences annoncées à l'avance et appliquées telles que convenues, des discussions en privé, des encouragements constants, des défis à sa hauteur.

Ne rentrer pas dans son jeu

Choisissez des priorités qui visent l'essentiel. Négligez les détails.
Gardez votre sang-froid.
Evitez le jeu de la provocation en ignorant les comportements inadéquats.

Donner des outils au jeune

Aidez-le à corriger ses déficits. Enseignez-lui des stratégies d'auto-contrôle (résolution de problème, gestion des émotions, ...) 
Offrez-lui des environnements encadrants tant à l'école, qu'à la maison ou ailleurs.
Structurez, planifiez les activités dans le temps (horaire), l'espace (l'endroit, l'ordre), avec des grilles de comportements et des récompenses. 
Favorisez le renforcement positif au système punitif.
Situez les attentes en fonction de la maturation réelle du jeune et des secteurs d'activité.
N'hésitez pas à envisager des thérapies psycho-dynamiques, cognitives ou comportementales selon le besoin.

Faire attention aux moments où le jeune vous obéit

N’oubliez pas de souligner les efforts qu'il fait. Il est important qu'il sente que vous l’appréciez quand il fait ce que vous lui avez demandé plutôt que d'insister systématiquement sur ce qui ne va pas.
À chaque fois qu'il obéit ou accomplit bien une tâche, félicitez-le chaleureusement. Cela l'encouragera à agir positivement.

Faire attention à la façon dont vous faites vos demandes

Evitez de dire : «Pourrais-tu...», «Tu serais gentil si...» et faites votre demande directement: «Il est temps de ranger tes affaires» ou «Après le repas, tu ranges tes affaires tout de suite !».

Faites les demandes une à la fois. Assurez-vous d’avoir attiré son attention avant de commencer à lui parler. 

Demandez-lui de répéter votre demande avec ses mots pour vérifier qu’il a bien compris.

Fixez un délai pour savoir quand il doit commencer et terminer une tâche; pour cela, vous pouvez utiliser une minuterie ou une horloge qui servira de point de repère au jeune.
Cela l'aidera à se situer dans le temps et le stimulera à se concentrer sur sa tâche.

Soyez précis : "Range ta chambre" reste abstrait.
"Mets tes vêtements dans ton armoire, range les livres qui sont en dessous de ton lit dans la bibliothèque et fais ton lit" sont plus faciles à comprendre.

Plutôt que d'imposer (ce qui est souvent mal vécu et encore plus par un jeune atteint de TDA/H), visez, quand c'est possible, le compromis. 
Ne dites pas : "Tu dois rentrer à 6 heures ce soir mais "Tu préfères rentrer à 6 heures ce soir et voir tes copains demain ou l'inverse ?"  ou pour les plus jeunes : "Tu veux manger ta viande avec des carottes ou avec des haricots?"
Exception faite bien entendu pour certaines règles absolues où l'on ne discute pas : mettre la ceinture de sécurité en voiture, ne pas frapper etc.

Utiliser la «pause»

Lorsque le jeune ne veut pas vous écouter ou qu'il a une mauvaise conduite, il est important de ne pas perdre votre calme, de ne pas crier, ni le supplier de faire ce que vous lui avez demandé.
Il est préférable de faire une «pause». Cette technique a démontré son efficacité. 
Nos parents l'utilisaient d'une autre façon en nous envoyant dans le coin pour réfléchir.
La pause est un temps d'arrêt obligatoire où le jeune doit se calmer et réfléchir au lieu de continuer à se désorganiser ou à s’opposer.

Par exemple pour les parents : Quand vous faites clairement une demande à un enfant et qu'il n'écoute pas, au bout de quelques secondes d'attente, répétez votre demande en lui disant qu'il devra s'asseoir durant un temps déterminé (par exemple 10 minutes) pour réfléchir à ce qui se passe, parce qu'il ne fait pas ce que vous lui demandez. S'il n'écoute pas au bout de quelques secondes, amenez-le doucement mais fermement sur la chaise. Il n'a pas le choix. Il doit s'asseoir.

Utilisez un minuteur. Dites-lui clairement combien de temps il doit rester assis et pourquoi. Le temps de la «pause» dépend de l'âge et de la gravité de l'opposition. Il est suggéré de donner une à deux minutes par année d'âge.

Au bout de ce laps de temps, demandez-lui s'il est prêt à faire ce que vous lui demandez.

Il doit répondre oui, sinon vous remettez la minuterie en marche pour la même durée. Sa réponse doit être faite rapidement; s'il ne répond pas après environ une minute, la «pause» continue pour une autre période. Il arrive que la période de «pause» se prolonge plus d'une heure les premières fois.
Soyez persévérants. Si vous cédez, le jeune saura qu'il peut arriver à vous faire changer d'idée en continuant à s'opposer.

La «pause» peut être aussi utilisée lorsque le jeune a un mauvais comportement, comme quand il fait mal aux autres, répond, etc. C'est un moyen pour l'aider à se calmer et à retrouver son contrôle de soi.

Dites non clairement et fermement

Le jeune négocie la moindre de vos paroles ? Ne laissez pas les débats s'éterniser : "Tu as trois minutes pour me convaincre. Ensuite, je prends ma décision et je ne changerai pas d'avis."
Une manière de l'obliger à argumenter ses choix, défendre son opinion, etc.

Si vous voulez dire non, dites non.

N’apportez pas d’explications particulières car expliquer donne prise à la négociation. Si le jeune commence à négocier, redites-lui non et signifiez-lui que c’est sans appel.

Ce qu’il faut absolument éviter : les refus mou du genre, pas maintenant mais peut-être plus tard ; les fausses excuses du genre « nous n’avons pas d’argent » ; laisser croire que ce sont les circonstances extérieures qui empêchent le jeune d’avoir ce qu’il veut et non votre volonté.

Conserver une relation positive

N’oubliez pas d'avoir des instants privilégiés avec le jeune. Ces moments peuvent lui manquer et les comportements d'opposition être un moyen de vous dire «Occupe-toi de moi !». 
En lui consacrant du temps, vous le valorisez et l’aidez à découvrir que vous n’êtes pas seulement des « gendarmes » qui lui disent quoi faire.

N'hésitez pas à vous aider par un thérapeute pour mieux vivre votre impuissance, votre colère, votre culpabilité.



Il est normal qu’un enfant ou adolescent cherche à tester les limites et à vérifier jusqu’où il peut dominer les adultes et son entourage. Il est moins normal que l’adulte le laisse faire ou se laisse prendre au piège. Un jeune a la latitude qu’on lui donne.
Si le jeune répète souvent le même comportement, c’est qu'il lui apporte quelque chose, consciemment ou non.
Un jeune en opposition cherche à vous pousser à bout, à vous manipuler : c’est sa façon à lui de prendre le pouvoir.

 



(1) : Barkley en rapporte 60% cité par Massé L. dans le chapitre 8 de Psychopathologie de l’enfant et de l’Adolescent - G.Morïn éditeur 1999.


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