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Exercice et trouble de l’attention : l’interview d’un expert (John Ratey)

Exercice et trouble de l’attention : l’interview d’un expert (John Ratey)

Medscape.com (16/12/09)

Note de l’éditeur

Les troubles de l’attention aussi appelés trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité sont souvent entourés d’une controverse relative à la médication et beaucoup de gens pensent qu’il y a surmédication. John Ratey préconise de faire de l’exercice car cela peut diminuer voire éliminer le recours à la médication. Le Dr Ratey est Professeur associé de Psychiatrie à l’école de médecine d’Harvard (Massachussetts) et est l’auteur du livre : la révolutionnaire nouvelle science de l’exercice et le cerveau ainsi que d’autres livres proches. Il a également été consultant dans des essais cliniques portant sur l’exercice physique en conditions psychiatriques.

Medscape : Pouvez vous nous en dire plus sur le TDA et sur l’effet de l’exercice sur le cerveau ?

Dr Ratey : D’abord, le TDA concerne au moins 8-10 % des enfants et presqu’autant d’adultes. Il est maintenant considéré comme un trouble cérébral d’origine biologique qui peut avoir des composantes génétiques.

Il y a deux façons de faire le lien entre le TDA et l’exercice : le premier concerne les neurotransmetteurs que sont la norepinephrine et la dopamine tous deux liés au système attentionnel. L’exercice augmente la concentration tant en dopamine qu’en épinéphrine ainsi que d’autres composés chimiques cérébraux. J’ai toujours dit que faire de l’exercice c’était comme prendre une petite dose de méthylphénidate (Rilatine) ou d’amphetamine/dextroamphétamine (Adderall). C’est donc comme prendre un stimulant.

Deuxièmement, avec le temps, l’exercice aide la « machinerie cérébrale » à augmenter la concentration en neurotransmetteurs dans le cerveau ainsi que dans ses récepteurs postsynapiques. L’exercice régulier peut faire croître le système et, au mieux vous vous portez au mieux le système fonctionne.

Medscape : D’où provient cette réflexion ?

Dr Ratey : L’exercice est un sujet d’étude phare depuis une quinzaine d’années en neurosciences. Les premiers travaux sur l’exercice et la dopamine datent des années 60-70. Je voudrais ajouter que l’exercice active le cortex frontal dans tous les groupes d’âge. Beaucoup de symptômes liés au TDA sont liées aux fonctions exécutives du cerveau qui se trouvent dans le cortex frontal.

Medscape : Est-ce qu’il y a des études focalisant particulièrement sur le TDA et l’exercice ?

Dr Ratey : il y a de nombreux travaux sur la dopamine et l’épinéphrine et l’exercice mais en ce qui concerne le TDA cela commence seulement.

Medscape : pourquoi vous êtes-vous intéressé à cet aspect là ?

Dr Ratey : j’avais plusieurs patients marathoniens qui ont du arrêter de courir suite à des blessures. Ces patients particuliers étaient d’abord déprimés puis une partie d’entre eux a commencé à présenter des symptômes de trouble d’attention et ce pour la première fois de leur vie. C’était au début des années 80 bien avant que l’on en sache plus sur le TDA chez l’enfant et chez l’adulte.

Medscape : le TDA n’est pas un trouble qui peut apparaître à l’âge adulte n’est-ce pas ?

Dr Ratey : non, dans le cas des coureurs, ils auraient présenté un TDA avant mais le régime d’entraînement à permis de le garder sous contrôle. Ce qui a été observé au cours des 30 dernières années, est que des personnes sportives qui pratiquent régulièrement une activité sportive au collège mais arrêtent lors de l’entrée au lycée voient apparaître pour la première fois des symptômes de TDA. Il avait masqué leur TDA mais une fois au lycée il est ressorti.

Medscape : Comment les autres personnes en psychiatrie réagissent-elles à la prescription d’exercice ?

Dr Ratey : Les gens commencent seulement à y prêter attention. C’est seulement il y a deux ans que le président de l’Association Médicale Américaine a dit dans sa leçon inaugurale « l’exercice c’est de la médecine ». Il a dit que tous les praticiens quelle que soit leur spécialité devrait demander à chaque patient lors de chaque consultation s’ils font de l’exercice et les encourager à continuer.

La neurologie fait plus attention à l’exercice avec des conférences entières dédiées par exemple à l’exercice et la maladie de Parkinson. Si l’exercice peut aider à protéger contre certains symptômes de la maladie de Parkinson alors cela doit aussi affecter le TDA puisqu’il y a des points communs.

Medscape : Est-ce que l’exercice commence à être accepté comme une option de traitement ?

Dr Ratey : oui, historiquement cela a commencé dans les études en cardiologie. Puis, les psychologues ont vu que les patient en revalidation cardiaque allaient mieux tant physiquement que moralement. Ils ont observé la dépression, l’anxiété, l’hostilité, l’agressivité et le stress chez des patients qui débutaient un programme d’exercices physique pour améliorer la protection cardiovasculaire. Les chercheurs de l’Université de Duke ont été les pionniers du domaine en mesurant l’impact de l’exercice physique du point de vue émotionnel. L’exercice est maintenant étudié dans pratiquement toutes les disciplines.

Medscape : A quelle fréquence les personnes TDA devrait pratiquer de l’exercice ?

Dr Ratey : Il existe de nombreux programmes d’exercices. Dans certaines écoles on propose une pause pour faire de l’exercice toutes les heures ou toutes les deux heures mais d’autres systèmes peuvent fonctionner. Les personnes souffrant de TDA devraient bénéficier d’une pause pour faire de l’exercice de 10-15 minutes toutes les heures. Cela aide tout le monde et pas seulement les personnes TDA.

Medscape : est-ce qu’il faut faire de l’exercice plusieurs fois par jour ?

Dr Ratey : oui mais cela ne doit pas être long, juste le temps que le rythme cardiaque s’élève quelques minutes. Le bénéfice persiste un certain temps après l’exercice. On peut déjà noter des améliorations avec simplement 20 minutes de marche. Un certain nombres de personnes travaillant dans diverses entreprises comme Merrill Lynch ou Google bénéficient déjà bureau où on peut travailler debout.

Medscape : Le Dr James Levine, un chercheur de la clinique Mayo a placé son bureau sur un tapis de course pour pouvoir marcher en travaillant. Est-ce que marcher en travaillant pourrait aider les TDA ?

Dr Ratey : Cela pourrait être excellent tant pour les enfants que les adultes. C’est certainement une idée pour garder le TDA sous contrôle.

Medscape : Pour nos lecteurs, quels conseils doivent donner les médecins à leurs patients ?

Dr Ratey : Ils doivent recommander à leurs patients de s’exercer chaque jour. Quel que soit le traitement mis en place, il faut y inclure l’exercice qui doit être quotidien. L’aérobic et la musculation sont bien. L’entraînement de l’équilibre est important chez le patient TDA et cela peut se faire via le yoga, le tai chi ou des exercices d’équilibre. L’exercice doit devenir une façon de vivre, une habitude.

Medscape : est-ce que la pratique d’un exercice régulier peut affecter la médication du patient TDA ?

Dr Ratey : c’est souvent le cas. Certains de mes patients décrits dans le livre ont pu arrêter la médication complètement. Pour les personnes pour lesquelles la mise en place du traitement est difficile, la pratique de l’exercice peut vraiment aider. Les exercices choisis doivent être suffisamment amusants pour que les gens aient envie de les faire.

Medscape : est-ce que l’exercice peut devenir une médication chronique ?

Dr Ratey : oui mais ce n’est pas pour tout le monde. Il existe des TDA plus ou moins sévères et il y a plein de marathonien TDA qui ont toujours besoin de leurs médicaments mais peut-être moins que s’ils ne courraient pas. Un grand nombre d’athlètes de haut niveau sont TDA. Par exemple Michaël Phelpls diagnostiqué et médiqué à l’âge de 9 ans. Il ne pouvait tenir en place en classe à cause de son TDA. En s’entraînant 3h par jour il n’a plus eu besoin de médicaments.

Beaucoup d’enfants développent une mauvaise estime d’eux-mêmes. Ils ont tellement connu d’échecs dans le passé qu’ils s’attendent à échouer. Ils sont dépressifs, peuvent se droguer ou jouer aux jeux vidéo toute la journée. L’exercice les aide à ne pas tomber là dedans. Des études sur l’animal ont montré que l’exercice rend plus fort pour développer l’estime de soi.

Medscape : est-ce qu’il n’y a pas une forme de renforcement positif. Vous avez été de A à B donc vous avez accompli quelque chose ?

Dr Ratey : Oui les effets sur l’efficacité personnelle sont énormes. Comme l’exercice aide à équilibrer la chimie du cerveau, il y a des effets bénéfiques indirects comme par exemple l’efficacité personnelle.

Medscape : il semble que les patients TDA ne peuvent rien tirer de négatif de faire prendre l’habitude de faire de l’exercice

DR Ratey : eux et tout le monde même si la plupart des patients TDA auront encore besoin d’une médication. Vous pouvez en trouver plus sur le site wwwjohnratey.com