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Aussi adulte

Les troubles de l'attention touchent aussi les adultes
LE MONDE | 14.11.09 | 14h48



Catherine, 43 ans, s'est rendu compte, dès l'enfance, qu'elle était différente, en total décalage avec son environnement. Petite, elle avait beaucoup de mal à se faire des camarades. "Adolescente, mes meilleures amies me présentaient en disant de moi : "T'inquiète pas, elle est un peu dans les nuages, mais c'est pas grave !" ." On lui reprochait d'être froide, distante. En fait, la jeune fille n'arrivait pas à fixer son attention.
"Lors d'une conversation, un mot dans mon esprit ricochait sur un autre et je déconnectais du discours", se souvient-elle.

Après des études tumultueuses - avec des changements fréquents d'aiguillage, Catherine a fini par se stabiliser et trouver un emploi de directeur artistique. Alors que son premier enfant était diagnostiqué comme hyperactif, le pédiatre lui a conseillé de faire, elle aussi, un dépistage.
Le diagnostic est tombé au sigle barbare, "TDA/H" pour "trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité ".

"Nous n'avons pas de notion du temps, poursuit Catherine. Gérer un agenda est hypercompliqué . Nous ne savons pas anticiper. Nous avons besoin d'avoir un cadre." Il est arrivé à la jeune femme de se présenter à l'aéroport au moment du départ de l'avion, d'oublier des rendez-vous, ou même d'aller chercher ses enfants à l'école. "Je suis en quelque sorte un Pierre Richard
au féminin", explique-t-elle. Les rapports avec les autres ne sont pas simples : "On est soit trop conviviaux, soit trop réservés. On ne trouve jamais le bon ton et on a vite fait de s'isoler", témoigne Catherine.

Selon les différentes études, on évalue entre 3 % et 8 % le nombre d'enfants souffrant de ce trouble qui persisterait à l'âge adulte dans 60 % des cas.

Le docteur Véronique Gaillac, psychiatre, a ouvert, en 2001, une consultation qui leur est spécifiquement dédiée dans le service du professeur Frédéric Rouillon, à l'hôpital Sainte-Anne, à Paris. Les patients qu'elle reçoit viennent soit de leur propre initiative, soit adressés par des thérapeutes de ville. "On estime que 4 % de la population adulte souffre de cette pathologie, précise le docteur Gaillac. Elle se traduit par un trouble handicapant des fonctions exécutives qui perturbent souvent la scolarité et la vie professionnelle. " Difficulté d'organisation, de hiérarchisation des tâches, procrastination (tendance pathologique à remettre les tâches au lendemain), à mener à bien un projet, à se concentrer, sentiment d'être tout le temps sur la brèche, oublis fréquents,
intolérance à la frustration, etc. figurent parmi les multiples désagréments qui empoisonnent la vie des personnes atteintes.

Le plus souvent associé à d'autres troubles, le syndrome n'est pas évident à identifier. Anxiété, dépression, mais aussi dépendance à l'alcool ou à la drogue l'accompagnent souvent. Pour établir le diagnostic, il faut remonter
loin dans la vie du patient. "Les bulletins scolaires, l'entretien avec la famille permettent de voir si le syndrome était bien présent depuis l'enfance", remarque le médecin.

Contrairement à l'enfant, chez l'adulte, cette pathologie ne prend pas systématiquement la forme d'une agitation motrice et d'une impulsivité excessive. "Il y a un énorme malentendu sur la nature de ce syndrome, un TDA/H chez l'adulte se traduit d'abord par un trouble de l'attention.
L'agitation s'atténue très fréquemment à la puberté", explique François Bange, psychiatre attaché aux hôpitaux Robert-Debré et Sainte-Anne, à Paris.

La participation des facteurs génétiques dans le TDA/H serait probablement forte, selon les spécialistes. Les études permettraient d'établir un taux d'héritabilité de 60 % à 80 %, c'est-à-dire qu'une personne atteinte de cette pathologie aurait 60 % à 80 % de chances d'en avoir hérité de façon génétique. Ce qui ne veut pas dire qu'elle a 60 % à 80 % de chances de le
transmettre.

Ce syndrome serait dû à un dysfonctionnement des circuits dopaminergiques, les circuits du cerveau dits "de la récompense". Le méthylphénidate, un dérivé amphétaminique commercialisé sous le nom de Ritaline (Novartis) et Concerta (Janssen-Cilag) , peut apporter un soulagement. L'efficacité des psychostimulants s'expliquerait par le fait que les patients auraient, paradoxalement, un niveau d'éveil insuffisant les obligeant à se stimuler en permanence. Autres solutions, les thérapies psycho-éducatives et
comportementales.

Le problème reste très controversé et son ampleur, voire son existence chez
l'adulte, sujet à caution. Certains psychiatres et psychothérapeutes considèrent que le syndrome TDA/H est beaucoup moins répandu que ne le disent les études et s'inquiètent d'une prescription exagérée de méthylphénidate. "On avance le chiffre de 5 % à 8 % des enfants atteints. Je
considère que c'est une vaste plaisanterie et qu'il y a seulement quelques enfants sur mille. La société supporte très mal les enfants agités, alors on évacue le problème en leur prescrivant des amphétamines plutôt que de s'intéresser au symptôme", considère Bernard Golse, chef du service de pédopsychiatrie à l'hôpital Necker, à Paris.

"Une grande majorité des adultes en France ne veut pas prendre de médicaments, et la plupart de ceux qui en prennent, du fait principalement de son efficacité sur le déficit de l'attention, l'interrompt au bout de quelques années. Ils le prennent pour passer un cap, le temps d'arriver à gérer leur maladie", assure le docteur Bange.

Mais déjà, chez ces patients, qui la plupart du temps ont déjà vu des psychiatres et été traités sans succès par les antidépresseurs, l'annonce du diagnostic leur apporte un soulagement.

"Comprendre et soigner l'hyperactivité chez l'adulte", de François Bange et Marie-Christine Mouren
(Ed. Dunod, 2009, 296 p., 28 €)

Martine Laronche